
L’équipe néerlandaise Picnic – PostNL est secouée par une vaste enquête de la NOS et du média In De Waaier, qui décrit une culture de la peur installée depuis des années. Parmi les voix qui s’élèvent, celle de Nicolas Roche, passé par la formation : l’Irlandais ne ménage pas le management de cette formation.
Pendant plusieurs mois, les journalistes de NOS Sport et d’In De Waaier ont recueilli, sous couvert de confidentialité, la parole de 71 personnes qui travaillent ou ont travaillé pour l’équipe WorldTour. Leurs récits, publiés jeudi, évoquent un climat de travail jugé malsain, au point que certains coureurs et membres du staff disent être partis traumatisés.
Le cas de Martijn Tusveld illustre ce malaise. Resté sept ans dans l’équipe, le Néerlandais avait remis en cause la tactique choisie lors du Giro 2020. En fin de saison, la direction lui reprochait de créer une « ambiance négative ». « Je suis devenu anxieux », raconte-t-il à la NOS, expliquant avoir ensuite choisi de se taire et de tout accepter jusqu’à son départ. L’entraîneur Adriaan Helmantel, longtemps coach de Tom Dumoulin, parle quant à lui d’un fonctionnement devenu « une dictature ».
Roche : « Ce management n’est pas fait pour le cyclisme »
Nicolas Roche, qui a terminé sa carrière dans cette équipe, alors appelée Sunweb puis DSM, de 2019 à 2021, confirme ce virage. L’Irlandais situe la cassure en 2020-2021. Lors d’un stage en janvier 2021, il rentre d’une sortie avec une heure de retard et se fait recadrer par le staff : peu importe qu’il en fasse plus, il doit faire ce qu’on lui a dit.
« J’avais besoin de volume, alors il m’arrivait de faire des sorties un peu plus longues. Un jour, je suis rentré une heure plus tard que prévu, et le staff m’attendait déjà. Il y avait notamment le directeur sportif Rudi Kemna et la responsable scientifique Narelle Neumann.
Ils m’ont dit textuellement : « Peu nous importe que tu en fasses plus ou moins, tu fais ce qu’on t’a dit. » « Euh, pardon ? », j’ai répondu. « Je reçois un avertissement parce que j’ai roulé une heure de plus ? » C’est là que j’ai compris que l’année allait être difficile.
On allait de conflit en conflit. J’avais surtout des problèmes avec le management. Quand je donnais mon avis, c’était un problème, parce que ça allait à l’encontre de leur protocole et de leurs plans. Je pense que ce management n’est pas fait pour le cyclisme. Dans le cyclisme, on doit composer avec énormément de variables. Ce n’est pas un sport prévisible.»
« On ne peut pas planifier dès le mois de mai la 17ème étape du Tour de France »
« Je comprends qu’on veuille avoir un plan directeur pour être préparé, mais on ne peut pas planifier dès le mois de mai la 17ème étape du Tour de France. Et c’est ce qu’ils faisaient. […] La pression mentale et le stress sont énormes quand on doit faire quelque chose en quoi on ne croit pas. Quand on crée un environnement où tout est aussi strict et qu’on ne laisse aucune place à un plan B ou C, il est difficile de susciter de la motivation et une bonne ambiance. »
Selon lui, son expérience a fini par déranger. « Ils m’ont poussé vers la sortie », affirme le fils de Stephen Roche, à qui l’on reprochait d’avoir trop d’influence sur les jeunes. Il tient pourtant à saluer un point : l’équipe faisait partie des rares à avoir continué à payer ses coureurs pendant la pandémie.
Une enquête indépendante annoncée
Le manager Iwan Spekenbrink n’a pas souhaité répondre aux journalistes. Quelques heures après la publication, l’équipe a toutefois annoncé lancer une enquête indépendante, tout en affirmant ne pas se reconnaître dans le tableau général dressé. Ses sponsors Picnic et PostNL réclament eux aussi des investigations sérieuses, et la fédération néerlandaise (KNWU) juge ces signaux « très préoccupants ». Directement mis en cause, le directeur sportif Rudi Kemna s’est dit « profondément bouleversé ».