Les talents de demain : la sensation Jakob Omrzel

Le 3 septembre dernier, Jakob Omrzel s’est imposé en solitaire sur la 12e étape de la Vuelta, au sommet de Calar Alto. À 20 ans, pour son premier Grand Tour, le Slovène de Bahrain Victorious est devenu le plus jeune Slovène à gagner une étape sur un Grand Tour, devant Tadej Pogačar. Depuis, il a bouclé la Vuelta à la 7e place du général et poursuivi sa saison sur les routes européennes.

Ce jour-là, Omrzel est le dernier survivant d’une échappée qui a résisté au retour des favoris sur les pentes de Calar Alto, au bout de 166 kilomètres. Il devance Urko Berrade (Kern Pharma) de 1’56 et son coéquipier Santiago Buitrago, lui aussi dans l’échappée, de 2’13. Au général, ce succès le propulse dans le top 10. À 20 ans et 166 jours, il devient aussi le deuxième plus jeune vainqueur d’étape de l’histoire de la Vuelta. Seul l’Espagnol Celestino Prieto a fait mieux, en 1981, à 20 ans et 86 jours.

Sur le moment, le jeune homme est resté étonnamment calme. “Je sais à quel point j’ai travaillé, je savais que ce jour allait arriver”, a-t-il lâché à l’arrivée, tout en reconnaissant ne pas s’attendre à ce que ça arrive dès son premier Grand Tour. Dans la foulée, en conférence de presse, il a décrit l’ambiance chez Bahrain Victorious avec une formule qui a beaucoup circulé : l’équipe, dit-il, fonctionne comme une partie de PlayStation, où “on fait ce qu’on veut”.

Un Slovène de plus, mais qui veut tracer sa propre route

Novo Mesto, Slovénie, 21 mars 2006 : c’est là qu’est né Jakob Omrzel, dans un pays qui fabrique des champions cyclistes depuis une dizaine d’années. Forcément, les comparaisons avec Tadej Pogačar et Primož Roglič sont arrivées vite, presque trop pour un coureur qui n’a pas encore 21 ans. Lui a tenu à couper court : il préfère écrire sa propre histoire plutôt que de courir après celle des autres.

Sur le Tour d’Espagne, il avait déjà fait parler de lui avant Calar Alto, avec une 4e place sur l’étape d’Aramón Valdelinares. Il a terminé la course à la 7e place du général final, à 10’38 du vainqueur Enric Mas, entre Oscar Onley, lauréat du classement du meilleur jeune, et le Français Clément Berthet.

Sa saison 2026 ne se résume pas à sa performance sur le Tour d’Espagne. Cette année, il a également terminé 6e du Tour des Alpes (3e du classement des jeunes) et 8e du Tour de Hongrie. En juin, il a pris la 3e place du Tour de Slovénie, dont il a aussi remporté le classement du meilleur jeune. À la fin du mois, il a décroché la 2e place du championnat de Slovénie sur route, et la 3e place de son championnat national du contre-la-montre.

Une ascension rapide chez les jeunes

Avant d’arriver sur les routes espagnoles, Omrzel avait déjà tapé dans l’œil des observateurs du cyclisme junior puis espoirs. Sous les couleurs d’Adria Mobil Juniors, il décroche en 2023 le doublé national junior, titre sur route et titre du contre-la-montre, puis conserve son titre sur route en 2024. La même année, il s’impose sur Paris-Roubaix Juniors, devant son compatriote Erazem Valjavec, fils de l’ancien coureur Tadej Valjavec.

C’est peu après, en septembre 2024, que sa carrière a failli s’arrêter net


La chute qui a failli tout arrêter

Sur la première étape du Giro della Lunigiana, une course italienne réputée pour révéler les talents (Pogačar, Remco Evenepoel ou Lenny Martinez l’ont gagnée), Omrzel percute un signaleur qui s’était arrêté pour prévenir le peloton d’un danger. Le choc est violent : large entaille au cou, arrêt cardiaque. Il est réanimé sur place, hospitalisé à La Spezia, puis transféré à Gênes pour plusieurs jours d’observation. Son pronostic vital a été engagé.

Il n’a gardé aucun souvenir de l’accident, mais s’en est remis sans séquelle majeure. En 2025, sous les couleurs de l’équipe de développement de Bahrain Victorious, il remporte le Giro Next Gen (un Giro pour les Espoirs), succédant au palmarès à Jarno Widar, et devient champion de Slovénie Elites sur route. Ces deux résultats lui ouvrent les portes du WorldTour. Il rejoint l’équipe principale de Bahrain Victorious pour 2026, avec un contrat qui court jusqu’en 2029.

Une fin de saison entre fatigue et découverte

Après Grenade, le calendrier n’a laissé que peu de répit à Omrzel. Il figurait dans la sélection slovène pour les Championnats du monde de Montréal (course en ligne le 27 septembre), avec une participation qui devait être confirmée à l’issue de la Vuelta. Il a finalement renoncé : son premier Grand Tour lui avait laissé des traces et il n’avait pas récupéré à temps. La Slovénie, déjà privée de Pogačar après sa chute sur la Vuelta, n’a pas appelé de remplaçant et a pris le départ avec 7 coureurs.

Il a retrouvé la compétition une semaine plus tard, sur les routes de son pays, aux Championnats d’Europe de Ljubljana. Sur la course en ligne du 4 octobre (196,2 km), remportée par Evenepoel devant Giulio Ciccone et Christian Scaroni, il termine 13e.

Il a ensuite enchaîné avec les classiques italiennes de l’automne. Bahrain Victorious l’a aligné sur les Tre Valli Varesine (56e), le 6 octobre, puis sur le Tour de Lombardie (67e), le 10 octobre, entre Bergame et Côme (239 km). Pour Omrzel, c’était une grande première : le directeur sportif Roman Kreuziger avait souligné qu’il y ferait ses débuts. La course est revenue à Paul Seixas, devenu à 20 ans le plus jeune vainqueur de l’histoire de la “classique des feuilles mortes”. Seixas avait déjà gagné le Giro della Lunigiana 2024, celui-là même où Omrzel avait chuté. Les deux garçons appartiennent à la même génération.

Et maintenant ?

À 20 ans, Jakob Omrzel n’en est qu’au début de sa carrière chez les professionnels. Sa première saison dans l’élite lui aura déjà offert une victoire d’étape et une 7e place sur un Grand Tour, avant une fin d’année passée à découvrir quelques classiques. La comparaison avec Pogačar continuera à le suivre, qu’il le veuille ou non. Pour l’instant, il donne l’impression d’avoir les épaules pour la porter sans se laisser distraire.