
Peut-on encore manger plus en course ? Lotto-Intermarché s’est associée à l’Université de Gand pour le savoir. L’équipe belge veut vérifier si certains de ses coureurs sont capables d’assimiler plus de 120 grammes de glucides par heure, la barre devenue la référence dans le peloton.
La nutrition a pris une place énorme dans le cyclisme moderne, et les glucides sont au cœur de cette évolution. Aujourd’hui, les coureurs en consomment en moyenne 120 grammes par heure. Ce chiffre fait office de plafond, mais il repose sur des études scientifiques qui n’ont presque jamais été menées sur des cyclistes professionnels. C’est ce manque que Lotto-Intermarché veut combler.
Kobe Vermeire, chercheur postdoctoral à l’UGent et entraîneur chez Lotto-Intermarché, part d’une intuition. « Nos coureurs forment un groupe particulier, car ils ont l’habitude d’ingérer de grandes quantités de glucides pendant les entraînements. Nous pensons que certains peuvent, de ce fait, dépasser les 120 grammes par heure. Ce que nous voyons déjà dans nos résultats, c’est qu’il existe des différences individuelles », a-t-il expliqué sur le site de l’équipe.
Un test de 3 heures sur le vélo
Le protocole est simple sur le papier. Pendant un test d’environ 3 heures à vélo, le coureur boit une boisson riche en glucides, soit un apport d’environ 140 grammes par heure. Les isotopes présents dans la boisson se retrouvent dans l’organisme pendant l’effort, puis l’air expiré est collecté et analysé. « Sur la base de la quantité et de la vitesse à laquelle ils sont expirés, nous pouvons calculer quelle part des glucides ingérés le coureur utilise réellement », détaille Jan Boone, professeur de physiologie de l’effort et de nutrition sportive.
L’enjeu dépasse le simple chiffre. « Si nous parvenons à augmenter la quantité de glucides qu’un coureur peut absorber et utiliser, il pourra maintenir son niveau de performance plus longtemps, y compris pendant la dernière heure d’une course. Sur les courses par étapes, cela pourrait aussi avoir un effet sur la récupération pour le lendemain. »
Du cas par cas
Kobe Vermeire met toutefois en garde contre une course aveugle aux grammes. « Il est important de mesurer au niveau individuel ce qu’un coureur peut supporter. Si quelqu’un ingère plus de glucides qu’il ne peut réellement en assimiler, cela peut entraîner des troubles gastro-intestinaux. C’est pourquoi nous voulons adapter la stratégie nutritionnelle aux capacités de chaque coureur. »
Les résultats seront ensuite étudiés en détail avec l’équipe chargée de la nutrition. Pour Jan Boone, il ne s’agit pas de tout révolutionner. « La base doit d’abord être au plus haut niveau. Ce que nous faisons ici, c’est chercher des gains supplémentaires pour améliorer les performances. Si nous pouvons ajouter ces innovations à un fonctionnement où la base est déjà bonne, elles peuvent avoir un impact important. »