Bilan de la Vuelta 2013, partie 1

Article rédigé par Johann Peyrot du blog Impressions Cyclistes

Le troisième Grand Tour de la saison vient de s’achever. Au terme d’une course plus incertaine qu’en Italie ou en France, c’est l’inattendu Chris Horner qui vient de triompher à Madrid. A 42 ans l’Américain accède enfin à une victoire de prestige. Mais il n’est pas le seul point à noter dans ces trois semaines de course. Vingt et une étapes comportent nécessairement leur lot de surprises et de confirmations.

Côté parcours

La Vuelta avait fait sa publicité sur ses arrivées au sommet. Douze furent prévues, auxquelles on peut aisément ajouter les étapes 6 et 12, qui, si elles ne s’achevèrent pas par une côte répertoriée, terminaient par un difficile faux-plat laissant peu de chances aux véritables sprinteurs. Un tel parcours a un avantage indéniable : le spectacle constant. Chaque arrivée sera le lieu d’une petite explication entre les favoris. Les jours creux dévolus aux sprinteurs seront évités au possible ; chaque étape connaîtra son petit rebondissement, ses quelques minutes intéressantes qui feront revenir jour après jour le spectateur.

Cela a une énorme contrepartie : rien ne se passera jamais avant les dix derniers kilomètres. Le final sera haletant jour après jour, mais le reste de l’étape profondément creux et morne. Les organisateurs l’ont bien compris, refusant une diffusion avant 16 heures, tentant de masquer le scénario ultra-répété de ce Tour d’Espagne. La bataille indécise entre les leaders a quelque peu caché cette misère.

Les véritables sprints massifs furent au nombre de quatre sur cette Vuelta. Soit deux de moins que le Tour. Mais si l’on compte les étapes s’étant décantées dans le dernier kilomètre le chiffre monte à huit. Soit un quota équivalent aux autres Grands Tours. On eut même de la chance que l’équipe Movistar fut trop faible pour cadenasser la course ; on a pu éviter d’assister à une série de victoires de Valverde au sprint en haut des bosses.

Des étapes malgré tout évitèrent cette logique, prouvant encore que la course est faite par les coureurs, pas par le parcours. Tony Martin faillit réaliser l’exploit de l’année, échappé seul de bout en bout, rattrapé uniquement par la réaction orgueilleuse de Cancellara. Stybar et Gilbert surent prendre parti de la dangerosité du final de la septième étape. Les Pyrénées furent superbes, mais en grande partie grâce au climat.

L’autre énorme point négatif du parcours réside dans ses transferts : 3300 kilomètres ! Soit 2000 de plus qu’au Tour de France, quand celui-ci voyait ce chiffre inclut principalement dans deux déplacements : Pyrénées – Mont Saint-Michel ; Semnoz – Versailles. Les organisateurs recherchent toujours la côte d’arrivée la plus difficile, à enchaîner les difficultés, négligeant bien souvent le sud du pays. Le résultat n’est pas franchement enthousiasmant. Mieux vaudrait privilégier le bien-être des coureurs que de chercher les constantes cinq petites minutes de spectacle quotidiennes.

Une lutte au général indécise

Par chance le suspense lié à la victoire finale éclipsa ces défauts. Comme en 2012 où les attaques de Contador empêchèrent l’ennui, la bataille entre les favoris, plus particulièrement entre Horner et Nibali, masquèrent la molle répétition des arrivées au sommet. Nibali s’annonçait au départ comme le grand favori. Il tint pleinement ce statut, affichant le second bilan chronométrique en montagne derrière Horner ; second des leaders dans l’unique contre-la-montre, battu seulement par le surprenant Pozzovivo.

Horner cependant brisa tous les pronostiques. Sortant de deux belles courses aux États-Unis, vainqueur de la troisième étape par marquage des leaders, personne n’imagina le vieil américain aller au bout de ses ambitions quand celui-ci annonçait vouloir rapporter la tunique rouge à Madrid. Et pourtant il le fit. Il domina aisément ses adversaires en montagne, ne connaissant aucune défaillance, perdant uniquement du temps dans l’exercice chronométré, car peu à l’aise sur cet exercice. Plus à l’aise sur les énormes pourcentages, il s’envola seul par trois fois mais remporta définitivement la victoire à l’Angliru, veille de l’ultime arrivée.

La répétition de courses de côte joua étonnamment en faveur du suspense. Les secondes reprises ne pouvant qu’être minimes, tout restait à faire jusqu’à l’arrivée. Le moindre relâchement était guetté. Chaque jour connaissant son petit affrontement, les hypothèses se renouvelaient sans cesse et alimentaient l’esprit.

Pour les grandes offensives et le panache par contre, zéro. Certains se démarquèrent – Pinot, Basso avant d’abandonner, Sanchez – mais une seule attaque risquée eut lieu. Roche avait craqué à Andorre, perdant sa place dans le top 5. Il réagit en champion, envoyant deux équipiers à l’avant, puis plongeant dans la descente du port de Balès pour les rejoindre. Il ne put reprendre malheureusement que 17 petites secondes. Ce fut son équipe aussi qui initia le coup de bordure de la 17ème étape.

Dans l’ensemble nous ne fûmes pas à plaindre. Le suspense était là, les attaques bien que limitées également. Les défaillances surtout. Roche à Andorre, Nibali à Aramon Formigal… Quand l’avant pêche, rien n’empêche de faire le spectacle par l’arrière. Nibali ne sut pas évoluer à un niveau constant, fatigué de sa saison et du protocole lié au maillot rouge. Il offrit néanmoins une résistance héroïque, lâchant avec honneur sur les pentes de l’Angliru.

Bilan de la Vuelta, partie 2

Photo : Sirotti

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