2014 : petite année pour le cyclisme

Article rédigé par Johann Peyrot du blog Impressions Cyclistes

A l’heure de tirer les bilans, il faut bien reconnaître que l’année 2014 n’a pas été très emballante. Que ce soit sur les classiques ou les courses par étapes, c’est bien souvent la déception qui l’a emporté. L’attentisme a été la valeur forte de 2014, et à quelques exceptions près, les coureurs ont attendu tout au long de la saison la dernière difficulté pour produire leur effort.

Tour de France 2014

A qui la faute ? Aux coureurs ou aux parcours ?

Ce sont les coureurs qui décident de la course. Quelque soit le parcours, si personne ne veut attaquer, faire exploser le peloton, essayer d’échapper à un scénario convenu, la course sera ennuyeuse. En 2014 les leaders auront été particulièrement réticents. Les classiques ardennaises auront été réduites à des sprints de côte, le Tour de Lombardie à dix kilomètres, les grands Tours à des escarmouches en haut des cols. Les choix des organisateurs n’ont pas aidé ; les courses par étapes ont été reléguées à des successions d’arrivées au sommet plus ou moins réussies et les parcours des classiques, quand ils ont été changés, le furent globalement en mal.

Sur Milan-San Remo déjà, la disparition de la Manie et un retour à l’ancien parcours annonçait la très forte probabilité d’un sprint. Nibali fut le seul à attaquer avant le Poggio, et même dans cette côte les attaques furent bridées par le froid. Sur le Tour de Lombardie le parcours changea… Pour se révéler pire encore, les leaders ne prenant même plus la peine de se montrer avant la dernière ascension. La Clásica San Sebastián décida de l’introduction d’une nouvelle difficulté, très raide, juste avant l’arrivée, réduisant les attaques aux derniers kilomètres. Pour les courses par étapes, le pire cas fut sans doute le Giro. Toutes les étapes de plaine dédiées à des sprints – là où le Giro brillait pourtant par ses petites routes piégeuses en première semaine – et un enchaînement barbant d’arrivées au sommet toutes plus mal conçues les unes que les autres. Le Zoncolan aura été l’affront final, avec des leaders collés à la pente trop soucieux de défendre leur position plutôt que d’attaquer.

Mais outre les erreurs dans les choix de parcours, il serait difficile de nier la passivité des coureurs. Les parcours des Ardennaises n’ont pas changé ; pourtant personne, sauf Thomas Voeckler sur l’Amstel, ne prit le risque de bouleverser les scénarios prévus. Cela aboutit à la surprenante victoire de Simon Gerrans sur la Doyenne, sur un parcours théoriquement trop escarpé pour les qualités de l’Australien. Le risque a été beaucoup trop souvent absent des grandes courses en 2014. Faisons l’hypothèse que cela vienne aussi d’un tournant générationnel : les anciens n’ont plus la pêche, l’envie, le goût du risque qui pourrait les faire attaquer, et les jeunes sont encore trop tendres et pas assez sûrs d’eux pour risquer gros. Les points World Tour n’aident évidemment pas.

Les réussites de 2014

Pourtant, à la sortie des classiques flandriennes, on pouvait encore espérer une grande saison. Le début d’année avait vu la résurrection d’un Alejandro Valverde offensif, d’un Alberto Contador conquérant, sublime dans son envolée sur Tirreno-Adriatico, d’un Paris-Nice nerveux tout les jours, et de l’habituelle réussite des classique flandriennes. Tout cela avait été réussi, par la combinaison (on y revient) de coureurs à l’attaque et de parcours propices à ces attaques. Plus tard, sur le Critérium du Dauphiné et sur le Tour de Suisse, ce fut le grand retour du panache et du spectacle qui dura jusqu’à la première semaine du Tour, puis qu’on revit une dernière fois sur l’Eneco.

Toutes ces belles courses sont, finalement, porteuses d’espoir. Elles prouvent que le panache a encore sa place dans le cyclisme et n’est pas indissociable avec la gagne. Encore faut-il que le parcours s’y prête. Pierre Rolland eut beau attaquer à maintes reprises sur le Giro, ce ne fut que le jour où le parcours ressemblait à quelque chose, sur Val Martello, qu’il put enfin faire l’écart. Sur le Dauphiné, Alberto Contador profita de l’occasion donnée par l’ascension du Passo Lanciana, la dernière ascension étant trop juste pour y distancer suffisamment Michał Kwiatkowski avant le contre-la-montre. Andrew Talansky su profiter de l’enchaînement autour de Mégève pour isoler Contador et remporter à la barbe des pronostics le Dauphiné. Tom Boonen avait raté son Het Nieuwsblad. Qu’à cela ne tienne : il profita des pavés de Kuurne-Bruxelles-Kuurne pour enclencher une attaque collective.

Il suffit sans doute de peu pour déclencher une belle course. Mais, déjà, il faut que le parcours y soit favorable. Paris-Nice en rompant brutalement avec ses anciens schémas de course a retrouvé une course dynamique, même si quelques réglages sont encore nécessaires. La première semaine du Tour en confrontant les coureurs à des terrains peu habituels (que ce soit dans le Yorkshire ou sur les pavés) a donné de très beaux résultats. En imposant aux coureurs des parcours différents, surprenants, plus difficiles aussi, en rajoutant des côtes avant le final, voire dès le début d’étape (ce qui donne toujours de beaux résultats), en densifiant certaines portions loin de l’arrivée comme sur le Tour des Flandres, en évitant de mettre les ascensions les plus difficiles dans le final, les coureurs seront davantage disposés à donner du spectacle. Le Tour d’Italie semble déjà l’avoir compris, avec un parcours 2015 bien plus intéressant que celui de 2014.

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