Pourquoi regarder le cyclo-cross ?

Article rédigé par Johann Peyrot du blog Impressions Cyclistes

La saison de cyclo-cross vient à peine de débuter. Jusqu’ici les faits les plus marquants sont la victoire incontestable de Niels Albert à Neerpelt et la défaite de Francis Mourey face à Walsleben en Suisse. Alors que s’annonce la première manche du Trophée Banque BPost à Renaix ce week-end, la première manche du Superprestige et du challenge national la semaine suivante, avant enfin la première étape de la coupe du monde le 20, cet article vient promouvoir cette discipline trop peu appréciée du public français.

cyclo-cross

Sur le terrain

Les courses sur route, en particulier le Tour, sont celles qui mobilisent le plus le public. La montée de l’Alpe d’Huez ou du Ventoux cette année en sont de magistrales démonstrations ; la foule est dense, compacte et l’ambiance qui y règne est profondément festive. Le seul inconvénient reste l’aperçu de la course. A moins que les organisateurs imaginent d’improbables doubles montées de l’Alpe d’Huez, on ne voit les coureurs qu’une seule fois, rapidement, souvent sans pouvoir identifier les visages et poser des noms sur ces êtres en souffrance. La caravane compense cette frustration. N’empêche. C’est peu.

Le cyclo-cross ignore cette frustration, cette attente, cette déception qui est renouvelée chaque année. Pour deux raisons. D’abord le cyclo-cross est une course en circuit. Ce qui implique un passage régulier des coureurs. D’autant plus régulier qu’un circuit de cyclo-cross se termine en six minutes environ. Sur une course élite d’une heure, cela fait donc dix bons passages. A cela il faut rajouter la vitesse. Les coureurs passent rarement au-delà de 30km/h. En se postant sur des passages techniques on peut même espérer les voir passer en dessous des dix à l’heure, voire à pied.

Et encore ! Il faut rajouter un point déterminant : les coureurs en cyclo-cross sont tous dispersés et disséminés sur le circuit. Aucun temps mort. Un coureur s’annoncera toujours dans le champ de vision. Si par miracle, surtout dans les premiers tours, un creux existe, soyez sûr qu’il sera extrêmement court. Dernier point décisif : un cyclo-cross se pratique sur un espace réduit. Un simple bout d’herbe suffit à organiser une course. Placé au milieu du terrain, suivre un coureur de bout en bout du circuit est totalement possible. Faire le tour du circuit à pied est parfaitement agréable.

Pour l’ambiance par contre, il faudra aller en Belgique. L’impression de stade y est incroyablement forte tant la fête fait partie du rendez-vous. En France seul les championnats nationaux peuvent rivaliser. On y boit, on y chante, on y supporte avec fougue ses crossmen favoris pendant une journée entière, au fil des différents épreuves : juniors, espoirs, Elites Femmes et Elite Hommes. Chaque week-end c’est la même chose. Quelque chose à voir, à faire quand on se rend en Belgique (en Flandres surtout) dans la période hivernale. La plupart du temps gratuitement ou pour une somme dérisoire.

Le spectacle parfait

Le cyclo-cross est la parfaite alliance du physique, de la technique et de la tactique. Non pas les stratégies d’équipes assez peu efficaces, quoique parfois ayant une utilité sur des circuits trop roulants, mais la roublardise dans toute sa splendeur, la ruse utilisée à son maximum. Couper les trajectoires de l’adversaire, le faire mettre pied à terre en le bloquant dans une côte, l’empêcher d’effectuer ses gestes habituels, l’envoyer dans le décor, profiter comme un rat de la roue de son adversaire, tout cela est permis en cyclo-cross. Mieux que permis, c’est une condition indispensable de la victoire. Si Sven Nys gagne autant ce n’est pas pour rien.

Mais l’auteur a conscience que sa perversité ne touche pas nécessairement l’entier lectorat de cet article. D’autres préfèrent admirer la technique, la virtuosité des coureurs. Un cyclo-cross est un spectacle réjouissant de prise de courbes, de dérapages contrôlés, de bonny up impressionnants. La boue et le sable apportent les plus belles images : les coureurs sont en souffrance dans ces terrains peu conformes à la pratique cycliste, dérapent, déchaussent, doivent mettre pied à terre… Namur est la plus belle place de ces démonstrations. Les coureurs engoncés dans la boue luttent plus avec le circuit qu’avec leurs adversaires.

Les courses sont souvent pleines de suspense, les groupes avançant la plupart du temps groupés sans qu’on sache très bien qui prendra l’avantage. Les problèmes mécaniques faisant partie intégrante de la course, ils ne sont jamais une excuse, et à l’inverse du VTT sont favorables au suspense. Un homme seul à l’avant peut d’un seul coup perdre dix places sur crevaison. Mais la plupart du temps cela ne l’empêche pas de revenir lutter à l’avant. Le hasard a toute sa place sans que la frustration de la chute ou du déraillement soit aussi forte que sur la route. C’est même une composante du spectacle.

Le cyclo-cross n’est rien d’autre qu’un spectacle complet d’environ une heure, ce qui empêche les temps morts, alliant aussi bien les démonstrations techniques, physiques et mentales. Les coupes du monde sont diffusées en français. Mais la majorité des courses sont en flamand. Pourtant, regarder ces courses en direct streaming apporte une joie particulière. La langue totalement incompréhensible à nos oreilles apporte une ambiance particulière, nous fait jouir davantage des particularités de ce sport si étrange.

Dernier point, bien que des centaines d’autres me viennent à l’esprit : le cyclo-cross féminin est mille fois plus accessible que les autres disciplines cyclistes féminines, piste exceptée. Mieux : le cyclo-cross est plus passionnant chez les femmes. La raison en est simple. Moins fortes physiquement, dégageant moins de puissance, elles sont plus en difficulté dans les passages techniques, chutent davantage, galèrent et apportent ainsi une part supplémentaire de spectacle. Surtout, regarder les courses féminines permet d’admirer Marianne Vos. Face à sa maîtrise technique, sa supériorité technique, son habileté tactique, on comprend sans peine son hégémonie sur le cyclisme féminin.

Photo : sport-phot

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7 commentaires sur Pourquoi regarder le cyclo-cross ?

  1. j’adhere totalement à cet article
    à la base je suis fan de cyclisme sur route
    je regarde souvent en streaming les competitions de cyclocross
    je me suis decidé un jour d’aller dans les flandres assister à une compétition
    et c’est le coup de foudre
    à consommer sans modération

  2. Super article le cyclo cross est trop peu médiatisé et vie dans l’ombre du cyclisme sur route alors qu’il existe de super champion SVEN NYS NIELS ALBERT KEVIN PAUWELS ZDENEK STYBAR se sont les équivalents de CONTADOR de FROOME ou encore de SAGAN sur la route de plus une course de cyclo cross est bien plus agreable a suivre a la tv une heure max !! alors que une etape sur le tour de france on s’emmerde pendant 200 km et tout se résume a un sprint ou une course de cote !! VIVE LE CYCLO CROSS autrement dit le cyclisme spectacle !

  3. vraiment c’est l’article que je partage totalement ! je suis cyclocrossman chaque hiver et c’est très jouissif si ça se passe sans galère. émulsion du public, suspense.. pr sortir de l’ombre il faudrait que les cyclistes vedettes de la route y participent et que la télé s’y intéresse. en fait les gens ne connaissent pas ces courses là ! bravo à tous ces lives offerts (ma copine s’y connait maintenant dans le vélo…)

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